Kuyima – Rendez-vous avec las ballenas grises !

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Nous sommes en ce moment en Basse Californie, vous savez, cette longue péninsule de 1300 km de long qui prolonge vers le sud la Californie américaine et qui est séparée du reste du Mexique par la mer de Cortez.

Je vous parlerai plus en détails de cette région dans un post ultérieur et m’attarderai  aujourd’hui sur notre séjour à la lagune de San Ignacio où s’est déroulé un des moments clé de notre voyage : la rencontre avec les baleines grises.

Lors de la préparation de notre périple, connaissant la passion de Gaby pour les animaux, je m’étais renseigné sur les sites où il était possible d’approcher des baleines et la Basse Californie (Baja) était apparue comme un des endroits les plus favorables au monde pour cela.

Itinéraires

En fait, il est possible de voir des baleines un peu partout dans cette région, tant en mer de Cortez ou hivernent notamment les baleines bleues qui mesurent plus de 30 m de long, que dans les lagunes qui bordent l’océan Pacifique où l’on rencontre les baleines grises plus petites ou encore au large de Cabo San Lucas ou de La Paz, au sud, où l’on peut voir évoluer des requins-baleine.

Renseignements pris, articles lus, vidéos visionnées, récits parcourus, il m’était apparu que les endroits les plus propices pour approcher ces animaux étaient les 3 grandes lagunes qui forment des replis abrités de la côte Pacifique : la Laguna Ojo de Liebre la plus au nord, la centrale Laguna de San Ignacio et la Bahia Magdalena plus au sud.

Restait à choisir un de ces 3 sites pour poser nos valises quelques jours et aller rendre visite à ces charmantes bestioles qui, chaque année, à l’automne, délaissent les côtes frisquettes de l’Alaska pour venir se réchauffer un peu au Mexique où elles viennent donner naissance à leurs baleineaux et mettre en route ceux de la saison suivante dans des eaux calmes et relativement chaudes.

De mi-décembre à mi-avril quelques centaines de baleines grises élisent donc domicile dans une de ces 3 lagunes, mais laquelle choisir ? Dans la mesure où nous souhaitions rester quelques jours, notre choix a donc été dicté par les possibilités en matière d’hébergement et d’organisation des sorties en mer.

Nous avons finalement opté pour le programme proposé par l’organisation communautaire Kuyima, basée dans le minuscule village de Ejido Luis Etcheverria (164 habitants) au bord de la laguna San Ignacio.

On s’y rend en venant du bourg de San Ignacio, seule oasis de toute la Basse Californie, par une route de 75 km dont 45 sont goudronnés, le surplus étant constitué par une piste accessible aux véhicules de tourisme mais dans des conditions assez inconfortables. Notre voiture de location n’étant pas assurée pour la conduite sur piste, nous la laissons au parking de Kuyima en ville (si j’ose dire) et prenons un véhicule de l’organisation.

1 H 1/2 plus tard, nous voici arrivés au camp Ecoturismo Kuyima. L’endroit mérite bien son qualificatif d' »éco » car il n’y a là aucun des élements de conforts que l’on trouve dans les hébergements traditionnels.

Résumer les installations est assez facile : il y a là une dizaine de cabines, la plupart de 2,50 m sur 1,80 m avec deux petits lits et une étagère, un seau et un balai, un bâtiment central avec cuisine, grande salle de réunion où se prennent les repas en commun, quatre WC extérieurs avec divers systèmes d’évacuation, une petite construction avec 2 douches, 1 petite éolienne et 2 panneaux solaires, 1 pour l’électricité et l’autre pour la production d’eau chaude. C’est tout.

Pas d’électricité venue de l’extérieur, pas de télé, pas d’internet, mais une dizaine de personnes à demeure chargées de l’animation (sorties), de l’entretien et de la cuisine. Carlos, le chef de camp, appelé aussi Sextos car il est le 6ème enfant de sa fratrie, nous indique rapidement les règles du camp :

  • modération pour la consommation d’eau (c’est le désert ici) : la douche se limite à 20 litres que l’on utilise en agitant une tasse d’eau au-dessus de sa tête, pas de chasse d’eau mais encore une fois une tasse d’eau,
  • modération de la consommation d’électricité : pas de prise électrique dans les cabines mais une faible ampouble déconnectée à 22 H, chargement des batteries d’appareilms photos ou de tablettes centralisée (et contrôlée) dans le bâtiment principale, lampes de poches à LED et manivelle,

bref on est chez les scouts !

Voici quelques photos prises au lever du soleil, ici de 3 cabines,

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ici de 5 cabines avec au fond et à droite le bâtiment principal,

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et ici 2 des WC.

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Toutes les constructions sont en bois et montées sur pilotis pour éviter les intrusions de bestioles car, comme chacun le sait, les déserts sont très peuplés.

Une fois ces instructions données et les valises fourguées dans les cabines, c’est l’heure de la première sortie pour aller voir les baleines. On ne perd pas de temps ici.

Comme on va se mouiller un peu et que mes sandales sont HS, je rejoins le panga  (grosse barque à moteur) pieds nus ce qui est assez désagréable dans la mesure où tout le sol du camp, batiment principal inclus, est constitué de coquillages pilés.

Nous voilà partis. Un pilote (Jonas), un guide (Roberto) et un autre couple de touristes comme nous, Albert et Linda, originaires de San Rafael près de San Francisco, avec lesquels nous passerons pas mal de temps. D’autres visiteurs arriverons plus tard mais nous avons de la chance aujourd’hui, le panga est loin d’être surchargé.

La lagune est en fait très grande puisqu’elle mesure une quinzaine de km de profondeur et environ 5 de large. Après un quart d’heure à pleine vitesse nous arrivons à un poste de contrôle. Le site est en effet un parc national dont seule une partie est accessible au public, le nombre d’embarcations autorisées à un moment donné étant plafonné à 16. Mais il y a vraiment de la place pour tout le monde.

Nous avons déjà vu quelques dos de baleines au loin en arrivant et cela a provoqué l’excitation de Gaby, mais maintenant, moteur au ralenti, nous sommes en plein milieu de la zone « stratégique » et nous ne tardons pas à en voir apparaître d’autres, beaucoup plus près cette fois.

Il y là des mâles solitaires à la recherche de « partenaires de jeu » et des partenaires potentiels trop occupées avec leur bébé nouveau-né.

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De temps en temps, un de ces mâles se dresse en l’air pour voir se qui se passe autour de lui. N’y aurait-il pas une jeune jolie baleine grise à proximité ? En écrivant cela je fais bien entendu de l’ethnocentrisme car les dames baleines peuvent donner le jour à des baleineaux pratiquement jusqu’à leur décès, leur espérance de vie étant proche de la nôtre.

sans titre-25A d’autres moments, une de ces créatures s’extirpe de l’eau pour mieux plonger et nous montrer sa queue. Elles peuvent rester jusqu’à 20 mn sous l’eau.

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Après la plongée, il est temps d’évacuer les excès d’eau contenus dans l’organisme :

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Voir les baleines c’est bien, interagir avec elles c’est mieux. Heureusement, les baleines grises ne sont pas farouches en général et certaines recherchent même le contact avec les humains. C’est particulièrement vrai des baleineaux (3 m à la naissance tout de même)  qui, comme tous les enfants, sont curieux de tout et aiment jouer.

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Ils s’approchent même régulièrement de notre embarcation et Maman est parfaois amenée à modérer leurs ardeurs en les amenant un peu plus loin.

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Tous les touristes n’ont qu’une idée en tête, caresser une baleine. gaby est ici sur le point d’y parvenir mais il lui manque 10 cm dans les bras

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Il arrive aussi que des baleines se donnent en spectacle en se livrant à une partie de chaca-chaca, équivalent mexicain du bon vieux zizi-panpan bien de chez nous. Bon, je vous concède bien volontiers qu’on ne distingue pas grand chose des détails techniques de ces ébats sur cette photo mais, parole de scout que je n’ai jamais été, il s’agit bien là d’un vrai chaca-chaca live !

sans titre-32Et nous, et nous crient les oiseaux ! Il n’y en a que pour les baleines ici et c’est vrai que la faune ne se limite pas ici aux mammifères marins, baleines et dauphins, mais comporte aussi beaucoup d’oiseaux différents, au premier rang desquels les pélicans qui parfois volent seuls, parfois en escadrille, mais souvent au raz de l’eau, prêts à plonger dès qu’ils aperçoivent un poisson.sans titre-34 Après deux heures sur l’eau nous rentrons au camp. Entre temps une dizaine d’américains sont arrivés et nous déjeunerons ensemble.

L’après-midi, des activités sont organisées. Elles sont facultatives. Aujourd’hui Gaby part avec un petit groupe de femmes explorer la mangrove voisine. Ce n’est pas une mangrove tropicale comme on l’imagine en général chez nous, avec des palétuviers et autres arbres imposants. Non ici, la végétation est plutôt faite de gros buissons, mais ils ont bien les pieds dans l’eau et abritent une faune variée (molusques, oiseaux …).

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De mon côté, et compte tenu de mon intérêt moins prononcé pour les animaux, je décide de rester au camp. L’absence d’internet ou d’autre moyen de communication incite à la lecture ou à la rêverie. Aujourd’hui j’opte délibérément pour la seconde. Quel plaisir que de s’installer confortablement sur une chaise, à l’ombre d’une canisse, bercé par une brise légère, à somnoler en regardant ce paysage somptueux, lagune et montagnes en arrière-plan, en se posant quelques questions essentielles : quel est le sens de la vie ? Dieu existe-t-il ? quelle est la marque de dentifrice préférée de Sextos ?

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Il est 18 H. L’après-midi tire à sa fin. Le soleil commence à descendre. C’est le moment de sortir le Nikon et d’aller faire un peu de kitch !

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Et encore plus de kitch :

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La cloche sonne. C’est l’heure du diner pris en commun dans une joyeuse pagaïe. heureusement, les cuisiniers ont du talent et nous préparent le meilleur de la cuisine mexicaine avec des produits extrêmement frais qui nous éloignent un peu des sempiternels tacos, burritos ou enchiladas.

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Nous faisons plus ample connaissance avec tous ces américains. Nous sommes les seuls européens ici car la Basse Californie est manifestement devenue une base arrière pour les urbains du grand voisin du nord qui ne sont qu’à une journée de voiture ou 2 ou 3 H d’avion d’ici, si on se pose à Loreto.

Dans l’ensemble ils sont sympas mais nous aurons la surprise le lendemain de les voir repartir après une seule nuit alors qu’ils en avaient réservés 3 comme nous. Résultat, nous ne resterons qu’à 3 couples dans un camp qui peut en accueillir une douzaine et ce en pleine saison. Autant dire que tous les mexicains travaillant ici vont être aux petits oignons pour nous pendant les 48 H restant de notre séjour.

Le lendemain, le programme du matin est le même : virée en bateau à la recherche des baleines. Quand je dis recherche, ce n’est pas très exact : il n’est pas besoin de chercher beaucoup car elles sont là. Les comptages faits par le fac de biologie de l’Université de Basse Californie du Sud indiquent qu’il y a en ce moment environ 300 baleines dans la lagune et ce chiffre devrait monter vers 4 ou 500 dans les 15 jours à venir. Nous en voyons quant à nous entre 20 et 30 (mon estimation) pendant notre sortie.

L’après-midi est quant à elle consacrée à une sortie en vélo vers le village voisin. Ce n’est pas très loin mais il y a beaucoup de vent et il faut appuyer fort sur les pédales. Le village est très rustique, maisons en planches, rues ensablées, petite école primaire.

L’activité des habitants est entièrement consacrée à la pêche et pendant 3 mois de l’année à la récolte des coquilles Saint-Jacques. Ces dernières n’ont pas tout à fait la même forme que les nôtres : elles sont beaucoup plus grosses et de forme plus allongée.

Nous rendons visite à une famille en plein travail d’ouverture des coquilles. Toute la famille , enfants compris, y participe. Le village traite environ 6000 coquilles par jour ce qui donne 40 à 50 kg de noix qui sont vendues à des clients qui viennent les chercher sur place d’aussi loin que La Paz à 9 H de route.

Nous goûtons des noix fraiches. C’est fin et délicieux.

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De retour au camp, nous avons de la visite. Un coyote solitaire vient faire un petit tour pour voir s’il n’y a rien à grapiller chez les humains. Il se laisse approcher jusqu’à une quinzaine de mètres mais pas question de venir plus près. Apparemment ils n’attaquent pas les hommes mais ce sont tout de même des animaux sauvages, alors prudence.

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Après diner, les mexicains ont organisé une petite fête car c’est le jour de la Saint Valentin. Sextos, qui est musicien professionnel, est à la guitare ou au charango, sa femme aux percussions, et un biologiste américain dont j’ai oublié le nom à la deuxième guitare.

Chansons mexicaines, chansons américaines, chants pour danser, tout cela alterne dans la bonne humeur et nous passons une très agréable soirée.

Mon récit de notre troisième jour sera bref : nous partons voir les baleines mais après une heure, s’abat sur nous un violent orage. C’est très impressionnant : il y a des éclairs partout. On nous dit que c’est très rare ici et il a fallu que ça tombe sur nous, au sens propre comme au figuré. Nous sommes complètement trempés et nous rentrons à toute vitesse. Le panga est un véritable tape-cul et aujourd’hui j’aimerais, l’espace d’une demi-heure, être un invertébré 🙂

Le reste de la journée sera consacré à essayer de nous sécher.

Quant à moi, je changerai d’activité et abandonnerai la réflexion philosophique pour la lecture. J’ai justement un bon petit Fred Vargas qui m’attend sur la tablette.

A bientôt sur les routes de Basse Californie.

3 réflexions sur « Kuyima – Rendez-vous avec las ballenas grises ! »

  1. woaouh, super les baleines! Nous avions vu des baleines à bosses en république dominicaine, mais aussi près, non. Ces photos sont magnifiques, très émouvantes. Elles ne rappellent la baleine qui passait sous notre bateau en nous regardant de coté avec son gros œil, j’en suis de nouveau toute retournée!

    Quel magnifique voyage vous faites.

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