Sur la route de … Mompox, la belle endormie

Avant de commencer, trois petites remarques préliminaires :

  • tout d’abord un petit rappel : il vous est possible de vous abonner sur la page d’accueil du blog de manière à être prévenu(e) par email de la publication d’un nouveau post,
  • ensuite, tous les textes en bleu (ainsi que les manchettes de journaux qui apparaissent ici ou là) ont clicables et peuvent apporter un complément d’information quand j’ai la flemme de l’apporter moi-même,
  • tertio, je mets ma menace à exécution : le petit coquin qui a été visiter le lien de Cupido, le motel de Medellin offrant un havre de tranquilité aux amours extra-conjugales, a été repéré. Oui M…., c’est bien toi, je t’ai reconnu et tu t’es reconnu. Contacte moi vite pour qu’on s’arrange avant que je ne révèle les lettres qui doivent remplacer les points de suspension après le M. Allez, plus vite que ça 🙂

Maintenant je reprends la suite du blog.

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Debout ! Il ne s’agit pas de trainer. Nous avons de la route aujourd’hui. Et pas qu’un peu. Il s’agit de rejoindre Mompox, en plein département de Magdalena, sur une très grande ile fluviale dessinée par deux bras du rio du même nom, dans l’intérieur de la zone caraïbe de la Colombie,

Le programme est le suivant : on doit venir nous chercher vers 7H30 à la finca Barlovento pour nous amener à Santa Marta, à l’hôtel Aluna, point de rendez-vous où un transport « puerta a puerta » doit venir nous prendre, entre 10H et midi, pour nous conduire jusqu’à Mompox. Facile. D’après ce que l’on nous a indiqué, il y a 5 heures de route de Santa Marta à Mompox.

Itinéraires

La première partie du programme se déroule avec la précision d’une horloge suisse et nous arrivons à l’hôtel Aluna vers 9H. Nous y posons nos bagages et allons faire un petit tour dans le centre historique tout proche en prévoyant de revenir vers 10H pour le cas où notre transport serait là. On ne sait jamais.

Santa Marta est une grande ville d’environ 500.000 habitants dont l’économie repose sur l’activité portuaire vers l’est du centre et le tourisme avec le développement de grands complexes vers l’ouest.

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Le centre historique est regroupé comme partout dans ce pays autour d’une grande place et comprend les bâtiments les plus anciens. C’est mignon mais pas plus que d’autres villes. Ce qui fait l’attrait de Santa Marta, c’est la présence de la mer.

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L’histoire de la ville a été très mouvementée, comme à Carthagène, dans les premières décennies qui suivirent sa fondation par suite de nombreuses attaques de pirates britanniques ou français attirés par l’or accumulé par les espagnolssans titre-216

Bon, il ne faut pas trop s’attarder, car notre transport pourrait arriver. En plus nous commençons à avoir très chaud. Retour donc à l’hôtel Aluna et début de l’attente.

Comme on nous a dit entre 10H et midi, nous patientons en espérant que ce sera la fourchette basse. Mais non. Une heure passe, puis une heure et demi. Gaby commence à se lever chaque fois qu’elle entend le bruit d’un moteur dans la rue mais rien ne vient.

Vers midi le patron de l’hôtel part déjeuner et nous indique que quelqu’un a appelé pour  dire que le transport arriverait entre 12H30 et 12H45. Vers 12H55, bruit de moteur, c’est lui. Un minibus Hyundai s’immobilise devant l’hôtel. Je demande « Mompox ? » et le chauffeur me fait un signe de la tête pour confirmer.

Sur la photo le Hyundai fait moderne et confortable et on se dit que cela doit être confortable pour transporter 6 personnes. Le problème c’est qu’il y a déjà 8 personnes à l’intérieur et qu’avec nous ça va faire 10. Ça craint ! Le chauffeur est sur le toit en train d’arrimer les bagages avec des cordes. Gaby, toujours calme 🙂 a peur qu’ils ne s’envolent. Qu’à cela ne tienne, il n’y a pas le choix et nous démarrons, serrés comme tout. Heureusement la clim fonctionne.

sans titre-212Après 10 minutes, dans une quelconque banlieue de Santa Marta, nous nous arrêtons une première fois. Je pense que c’est pour faire le plein. Mais non, nous embarquons deux passagers supplémentaires. On va être 12 dans le Hyundai ! Pendant 5 heures avec le soleil qui tape sur les vitres (il fait 35-40°C dehors).

Ça y est, c’est parti. Nous voila piquant vers le nord au milieu de bananeraies Chiquita sans fin, sur une route pleine de camions et de pick-ups où l’on doit pouvoir réaliser une moyenne de 40-45 km/h. Nous sommes 12 à bord, 4 rangées de 3 personnes, tous colombiens sauf nous. Je suis serré à droite du deuxième rang avec à ma gauche Madame Lavieille et Madame Lagrosse (il faut bien leur donner des noms) tandis que Gaby est assise dans la rangée du fond avec le chauffeur de rechange et autre colombien.

Il n’y a pas beaucoup de distraction à bord. On regarde le paysage mais c’est lassant. Les gens parlent peu et quand ils le font, je ne comprends pas grand chose à leur espagnol qui doit être plein d’expressions locales. De temps en temps un portable sonne et on a droit à une conversation à voix haute.

Les deux premières choses que fait un(e) colombien(ne) lamda quand il/elle récupère un nouveau portable c’est de régler le volume sur maximum et de remplacer la sonnerie standard par une bonne salsa ou une bonne cumbia. Il faut reconnaître que ça réchauffe l’ambiance qui n’en a poutant pas vraiment besoin.

Je ne peux absolument pas bouger, Mesdames Lavieille et Lagrosse non plus d’ailleurs, et ça me pose un vrai problème dans la mesure où je viens de m’apercevoir que j’étais victime d’une attaque tout à fait déterminée émanant d’une (ou de plusieurs) puce(s), attaque concentrée dans un premier temps sur ma cheville et sur ma jambe droite … puis sur ma cheville et ma jambe gauche. Ce soir, à l’hôtel, je compterai plus de 20 piqures sur chaque jambe. Les bestioles devaient attendre patiemment accrochées au tapis de sol du Hyundai car je ne peux imaginer une seconde que la brave Madame Lagrosse, avec son chapeau de laine marron par 40°C, en ait été le vecteur.

Les heures passent avec un seul arrêt pipi/rafraichissement. Pas vraiment le temps de s’occuper, que dis-je d’anihiler sauvagement le bataillon de puces.

La route goudronnée a fait place à une succession de pistes et de goudron à ornières et trous, parfois, pour changer, un peu de tôle ondulée. Le Hyundai se secoue, vibre, mais tient bon. Les bananeraies ont fait place à une sorte de savanne brulée par le soleil avec des vaches maigres, quelques chevaux de ci de là, et, dans les villages, quelques porcs en liberté.

18H. Cela fait maintenant 5H que nous roulons. Tout à coup Madame Lavieille s’agite dans tous les sens et fait savoir au chauffeur qu’on a sans doute dépassé sa destination. Palabres, hésitations, incertitudes. Finalement nous faisons demi-tour sur la piste et moins de 5 minutes plus tard Madame Lavieille crie que c’est là.

En effet, de l’autre côté de la piste, sa fille, une autre dame et son petit-fils attendent avec un âne. Nous nous garons sur le bas-côté et commence le déchargement des affaires de Madame Lavieille. Comme nous avions embarqué après elle, nous ne savions pas qu’elle avait tout un déménagement avec elle. Ceci explique la présence de l’âne.

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Pendant que le chauffeur défait les cordes, descend un vélo, puis nos valises, puis le déménagement de Madame Lavieille, remet nos valises, le vélo, puis resserre les cordes, Madame Lagrosse s’agite de tout son être en criant « cuidado a mi ventilador ! cuidado a mi ventilador ! » (attention à mon ventilateur!), le ventilateur en question étant vraisemblablement une des causes de son voyage à Santa Marta et représentant pour elle une valeur plus que symbolique.

sans titre-219Nous repartons. Madame Lavieille et sa famille nous font de grands signes d’adieu. La configuration du 2ème rang du Hyundai a changé : à gauche Madame Lagrosse et son chapeau de laine marron, à droite votre serviteur et au milieu … le fameux ventilador. Lui au moins je peux le pousser un peu pour bouger mes jambes et ça va tout de suite un peu mieux. Mais c’est trop tard pour les puces.

Le soleil est en train de se coucher sur la savane. En fait c’est magnifique mais je ne vais pas faire arrêter le Hyundai avec 11 personnes à bord pour faire des photos. Comme l’appareil photo est dans mon sac à dos, lui-même sur le toit, il faudrait remonter sur le toit, défaire les cordes, descendre …. vous m’avez compris. Et comme les vitres sont vraiment sales vous serez privés de coucher de soleil sur la savane.

Il fait nuit noire maintenant et ça va enfin devenir drôle. En effet on ne voit plus à l’avance les ornières ni les nids de poule sur la route sans parler des ralentisseurs qui sont installés partout dès qu’il ya 3 maisons sur le côté. Ça secoue bien, merci pour nos lombaires.

Mais qu’est ce que c’est donc que cette lumière qui s’agite en hauteur ? En s’approchant on s’aperçoit qu’il s’agit d’un lumignon accroché au bout d’une perche elle-même prolongée par un bras appartenant à un type à cheval. C’est un cow-boy ! C’est la conclusion à laquelle j’arrive quand je me rends compte que derrière le gars à cheval il y a un troupeau de vaches qui occupe toute la route. Pas un petit troupeau discret et mignon, non ! Nous nous frayons un chemin au milieu des bovins. Quand il n’y en a plus, il y en a encore. Je dirai qu’il y en a environ 200 (190 selon la police !). En un mot c’est interminable enfin pas tout à fait car ça finit par s’arrêter. Ouf ! 200 vaches brahmanes avec leurs bosses de zébus, c’est quand même impressionnant.

Quelques minutes après cet intermède bovin, nous apercevons enfin les lumières de la ville. D’ailleurs tout le monde commence à s’agiter dans le Hyundai. On prend un petit chemin de terre pour débarquer un monsieur. Grimpage sur le toit, dénouages des cordes … vous connaissez le système maintenant. Il fait une chaleur étouffante.

Nous arrivons en centre ville où tout le monde descend et on commence à descendre tous les bagages. Mais on nous fait remonter Gaby et moi. Pour nous déposer gentiment devant notre hôtel ? Mauvaise pioche. En fait nous apprenons que nous ne sommes pas à Mompox mais à Santa Ana, gros bourg sur la route. Il faut repartir. Mais auparavant, comme il n’y a pas de véritable service postal en Colombie, notre chauffeur va déposer un pli à un gars qui habite dans le coin, puis s’arrête chez lui 5 minutes (il habite sur place) pour embrasser sa femme et prendre son jeune fils qui fera la route avec nous et qui fera peut-être chauffeur plus tard, comme papa.

Il reste 1H1/2 à faire dans le noir. Nous traversons un bout du rio Magdalena sur un bac mais je vous épargne le reste. Nous arrivons à la Casa Amarilla, notre hôtel, à 20H30, fatigués, fourbus, et affamés car nous n’avons rien mangé depuis le petit déjeuner. On ne distingue plus la couleur de nos valises tant elles sont couvertes de poussière.

Le portier de nuit nous propose d’aller nous chercher une pizza. C’est comme une oasis dans le désert. Nous acceptons. Ça vous fera 25.000 pesos (environ 10€). Puis il nous demande la taille de la pizza. Hum, ça sent l’arnaque ! Mais nous payons. Il nous demande 2000 pesos en plus pour le livreur. L’arnaque se confirmera le lendemain quand nous apprendrons, après une rapide enquête, que le restaurant d’où provient la pizza se trouve … à moins de 50m de l’hôtel.

Plaie d’argent n’est pas mortelle, surtout vu le cours du peso. Nous dévorons la pizza et montons dans notre chambre commencer la tentative d’extermination des puces. Ecrasage, douchage, noyage. On va bien finir par y arriver. Et puis un dodo bien mérité.

Le lendemain matin, après le petit déjeuner, nous apprenons à nos dépens ce que les guides touristiques vous cachent soigneusement : Mompox est la ville la plus chaude de Colombie. Depuis que l’on fait des relevés, jamais la température n’a été en-dessous de 17,4°C et dans la journée il fait généralement entre 35 et 40°C, parfois plus, jamais moins de 30°C.

Et dire qu’avec une moitié de sang britannique je n’aime pas la chaleur. Il va falloir trouver des stratégies de défense : sortir tôt, marcher strictement à l’ombre, se doucher plusieurs fois par jour, chercher des endroits climatisés (très peu, mais vraiment très peu nombreux) ou à défaut venteux, faire de longues haltes à l’hôtel ou la clim fonctionne bien.

En fait c’est dommage parce que Mompox (on dit aussi Mompos ou Santa Cruz de Mompox), avec ses 30.000 habitants, est une bien joile ville, fondée en 1540 et au riche passé colonial, classée pour son architecture au Patrimoine Mondial de l’Humanité par l’Unesco. Mais c’est une ville endormie. En effet elle avait profité de son emplacement sur le rio Magdalena pour devenir un lieu de commerce important, un trait d’union entre les ports caraïbes, notamment Carthagène, avec le sud du pays.

Mais au 19ème siècle, le bras du rio qui borde la ville s’est partiellement ensablé et le traffic fluvial s’est reporté sur un autre bras. Et la vie s’est un peu arrêtée. Tout va lentement à Mompox, on se croirait dans le Macondo de Garcia Marquez bien que ce dernier se soit sans doute inspiré de son village natal d’Aracataca, à deux heures d’ici.

Il y a trois rues principales et parallèles à Mompox, celle qui longe le rio Magadalena appelée Alabarrada, la calle Real del Medio (rue du milieu), la plus importante et commerçante, et la calle de Atrás (la rue de derrière). Toutes sont bordées de vieilles maisons coloniales qui ne sont malheureusement pas toutes bien entretenues.

La population est polie, accueillante mais parfois semble un peu plus réservée que dans le reste du pays.

En fait la ville présente un réel attrait touristique mais elle se mérite et souffre de deux handicaps majeurs pour pouvoir se développer : la chaleur et la difficulté d’accès.

Mais comme j’ai beaucoup écrit aujourd’hui, je vais laisser la place à deux vidéos de Youtube et quelques photos prises par nous pour vous faire une petite idée.

Eglise Santa Barbara :sans titre-220 La rive du rio Magdalena :sans titre-221 Des vieilles maisons et de vieilles rues :sans titre-222 sans titre-223 sans titre-224 sans titre-225 sans titre-226 sans titre-227 Des collégiens avec qui nous avons papoté un peu. Ils ne suivent pas de cours d’anglais faute de prof.

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A bientôt à Carthagène !

2 réflexions sur « Sur la route de … Mompox, la belle endormie »

  1. ¡Para tû información Juan Pablo¡ La legislación colombiana prevé que las penas por intento de chantaje es de 20 picaduras de pulgas al mínimo¡
    Gracias por todas tus historias!

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