Cartagena de Indias

El Universal

Après 48H à Mompox, nous avons hâte de quitter la fournaise et notre programme prévoit une journée pour nous rendre à Carthagène dont le véritable nom est Carthagène des Indes. Pour parcourir la distance qui nous en sépare et qui est équivalente à celle que nous avons parcourue pour venir de Santa Marta, nous disposerons ce coup-ci d’un transport individuel et César, le chauffeur, est bien là, à l’heure convenue, avec son pick-up devant la Casa Amarilla. Pas d’attente interminable aujourd’hui.

Itinéraires

Question route, c’est « moins pire » (si j’ose dire) qu’il y a 3 jours. Comme ce jour là, nous circulons beaucoup sur des pistes mais elles sont plus larges et sensiblement moins défoncées que les autres.

Nous franchissons à nouveau le rio Magadalena un peu plus en aval sur un bac un peu plus sophistiqué que le précédent qui était constitué de 3 barques attachées les unes aux autres et en travers desquelles on avait jeté une sorte de plancher destiné à recevoir un véhicule, peut-être deux de petite taille.

Nous arrivons à une route goudronnée mais il est impossible d’y rouler vite, même si elle est relativement peu fréquentée, à cause des travaux incessants qui font que nous roulons la moitié du temps sur une seule chaussée. Puis nous arrivons à ville de Carmen de Bolivar et, de là, c’est du gâteau, deux heures de route « comme en Europe » jusqu’à ce que nous pénétrions les premiers faubourgs de Cartagène.

La première impression n’est pas très favorable : nous traversons une vaste zone industrielle avec ses usines, entrepôts, installations portuaires. Puis nous abordons des zones mixtes : habitations et commerces. Il commence à y avoir vraiment beaucoup de monde et ça s’agite dans tous les sens, la circulation est plus qu’anarchique et bien que nous soyons dimanche, les boutiques, magasins, étals en plein air, regorgent de monde. Et ça dure, ça dure. Pas étonnant que la ville compte 1,3 millions d’habitants.

L’urbanisme, enfin ce qui en tient lieu, pourrait être qualifié par un seul mot : la pagaïe. (dans un blog de bonne tenue, comme celui-ci, on n’utilise pas le terme DSKien de b…. !). Aucune planification apparente n’a présidé à l’édification des maisons, immeubles et constructions en tous genres.

Puis, tout à coup apparaissent les murailles de la vieille ville, nous franchissons une porte et nous voilà dans un havre de beauté et de calme, la musique mise à part bien entendu : rues pavées étroites bordées de maisons coloniales de toutes couleurs où dominent les pastels, bougainvillées, boutiques discrètes, petits restaurants, hôtels-boutique, petites places ombragées. Nous sommes tombés dans un vrai décor. de cinema.

Autant les faubourgs et la ville « moderne » ne valent vraiment pas une visite, autant on ressent une impression de malaise devant cette ségrégation assumée : les touristes et quelques riches avec leurs 4×4 d’un côté, le reste de la population, les plus nombreux et de très loin, classes moyennes et pauvres de l’autre.

Carthagène est la ville la plus visitée du pays, et de loin. Résultat : les prix y sont sensiblement plus élevés qu’ailleurs notamment pour ce qui concerne l’immobilier, les étrangers et les riches colombiens de Bogota ou de Medellin faisant monter les enchères.

Ces réflexions mises à part, nous visitons tout de même cette vieille ville si empreinte de charme colonial. Nous commençons par un tour sur les remparts. Ces derniers ont été construits pour résister aux attaques des pirates comme Francis Drake. A l’origine, ces remaprts étaient hauts et « les pieds dans l’eau ». Aujourd’hui la côte s’est élevée par suite de l’apport d’alluvions, la mer a reculé et les remparts ne semblent plus aussi infranchissables que cela.

Ils mesuraient à l’origine 11 km de long mais il n’en reste aujourd’hui que 9, un maire local ayant eu un jour la facheuse idée de les détruire pour favoriser le désenclavement de la vieille ville et favoriser son développement économique. Devant le tollé provoqué par ce projet, cette destruction programmée a heureusement été arrêtée.

Comme la plupart des villes coloniales d’Amerique Latine, Carthagène a été construite suivant un plan géométrique, les rues se croisant à angle droit, enfin pas tout à fait nous dit-on, puisqu’elles ne sont pas tout à fait parallèles pour favoriser la circulation du vent et offrir de l’ombre à toute heure de la journée. La ville est en effet très chaude, moins que Mompox tout de même, et marcher à l’ombre avec des courants d’air rend les choses plus supportables.

Après cett première prise de contact, retour à notre hôtel pour rédiger un article de blog et dormir un peu car nous avons rendez-vous demain matin avec notre guide pour une visiste à pied de la vieille ville.sans titre-233

Notre guide s’appelle Sam Vergara, un nom basque qui est le même que celui de nos voisins. Mais il n’est pas basque du tout mais plutôt et même tout à fait black. Ses grands parents sont en effet arrivés en Colombie venant du Sénégal. C’est un jeune de 25 ans parlant parfaitement l’anglais et doté d’un solide sens de l’humour. On va bien s’entendre. le voilà sur cette photo :sans titre-242

En route pour la visite ! En fait la vieille ville est un curieux mélange de luxe, de bohème, avec un côté bobo-écolo assez prononcé. Ce mélange sur lequel on peut porter tous les jugements que l’on veut aboutit toutefois à un résultat plein de charme, de nonchalance, de torpeur où les couleurs vives vivent et se répondent les unes aux autres.

Quelques photos en diront plus qu’un long discours :sans titre-241sans titre-244sans titre-238sans titre-246sans titre-249sans titre-237sans titre-235sans titre-248

Le côté jeune du quartier est accentué par la présence d’une université :

sans titre-234Au détour d’une rue nous tombons sur une équipe de télé locale procédant à une interview. Vite dans la boite :sans titre-247

Ici un type exécute avec ses seuls doigts et un tout petit pinceau pour les finitions, en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, une peinture sur miroir. C’est très impressionnant :sans titre-236

A côté de la vieille ville proprement dite, il existe un autre quartier avec des caractéristiques  similaires, Getsemani, encore plus bohème et artiste, dangereux et livré à tous les taffics et à la prostitution jusqu’à récemment. Aujourd’hui il fait bon y flâner et même s’arrêter au fameux  « Café Havana ».sans titre-240sans titre-245sans titre-243

De retour à l’hôtel et après avoir demandé à Sam, en prenant congé de lui, de saluer de notre part sa petite amie new-yorkaise Jennifer, nous nous mettons en quête d’un endroit pour manger un morceau. Nous jetons notre dévolu sur la cevicheria situé au coin de la rue de notre hôtel. Erreur funeste, le ceviche de crevettes, très bon par ailleurs, tient dans un fond de bol, est accompagné de biscuits secs et est facturé 20€ pour deux, bien au-delà des tarifs habituels dans ce pays.

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Nous aurions sans doute mieux fait de nous arrêter dans l’établissement ci-dessous où l’on banni le wifi en encourageant les clients à se parler ! Très bonne idée.
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Gaby commence à s’intéresser aux heurtoirs des portes et il est vrai qu’il en existe de toutes formes et de toutes les couleurs. On pourrait passer des heures à les répertorier et peut-être cela a-t-il déjà été fait. En voici quelques exemples (le lion signifie que la maison appartenait à un militaire) :

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Retour à l’hôtel pas trop tard car demain nous partons tôt. Ce sera notre dernier jour en Colombie car après une inévitable, et longue, escale à Bogota, nous nous envolerons pour Mexico City où nous passerons une nuit avant de repartir pour la Basse Californie, Baja comme disent les américains où nous avons rendez-vous avec les baleines grises.

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Itinéraires

Je finis cet article de San Ignacio, aux fins fonds de la Basse Californie, après 6 jours sans wifi, et après avoir pesté contre l’aéroport de Bogota où j’aurais eu le temps d’écrire et de poster mais où le wifi était en rade, et contre celui de Mexico où le réseau intitulé « Wifiparatodos » (wifi pour tous) aurait du être renommé en « Wifiparanadie » (wifi pour personne).

Enfin nous allons bien et nous avons vu les baleines, en très grand nombre et de très très près. Je vous raconte ça sous peu. A plus !

Sur la route de … Mompox, la belle endormie

Avant de commencer, trois petites remarques préliminaires :

  • tout d’abord un petit rappel : il vous est possible de vous abonner sur la page d’accueil du blog de manière à être prévenu(e) par email de la publication d’un nouveau post,
  • ensuite, tous les textes en bleu (ainsi que les manchettes de journaux qui apparaissent ici ou là) ont clicables et peuvent apporter un complément d’information quand j’ai la flemme de l’apporter moi-même,
  • tertio, je mets ma menace à exécution : le petit coquin qui a été visiter le lien de Cupido, le motel de Medellin offrant un havre de tranquilité aux amours extra-conjugales, a été repéré. Oui M…., c’est bien toi, je t’ai reconnu et tu t’es reconnu. Contacte moi vite pour qu’on s’arrange avant que je ne révèle les lettres qui doivent remplacer les points de suspension après le M. Allez, plus vite que ça 🙂

Maintenant je reprends la suite du blog.

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*

Debout ! Il ne s’agit pas de trainer. Nous avons de la route aujourd’hui. Et pas qu’un peu. Il s’agit de rejoindre Mompox, en plein département de Magdalena, sur une très grande ile fluviale dessinée par deux bras du rio du même nom, dans l’intérieur de la zone caraïbe de la Colombie,

Le programme est le suivant : on doit venir nous chercher vers 7H30 à la finca Barlovento pour nous amener à Santa Marta, à l’hôtel Aluna, point de rendez-vous où un transport « puerta a puerta » doit venir nous prendre, entre 10H et midi, pour nous conduire jusqu’à Mompox. Facile. D’après ce que l’on nous a indiqué, il y a 5 heures de route de Santa Marta à Mompox.

Itinéraires

La première partie du programme se déroule avec la précision d’une horloge suisse et nous arrivons à l’hôtel Aluna vers 9H. Nous y posons nos bagages et allons faire un petit tour dans le centre historique tout proche en prévoyant de revenir vers 10H pour le cas où notre transport serait là. On ne sait jamais.

Santa Marta est une grande ville d’environ 500.000 habitants dont l’économie repose sur l’activité portuaire vers l’est du centre et le tourisme avec le développement de grands complexes vers l’ouest.

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Le centre historique est regroupé comme partout dans ce pays autour d’une grande place et comprend les bâtiments les plus anciens. C’est mignon mais pas plus que d’autres villes. Ce qui fait l’attrait de Santa Marta, c’est la présence de la mer.

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L’histoire de la ville a été très mouvementée, comme à Carthagène, dans les premières décennies qui suivirent sa fondation par suite de nombreuses attaques de pirates britanniques ou français attirés par l’or accumulé par les espagnolssans titre-216

Bon, il ne faut pas trop s’attarder, car notre transport pourrait arriver. En plus nous commençons à avoir très chaud. Retour donc à l’hôtel Aluna et début de l’attente.

Comme on nous a dit entre 10H et midi, nous patientons en espérant que ce sera la fourchette basse. Mais non. Une heure passe, puis une heure et demi. Gaby commence à se lever chaque fois qu’elle entend le bruit d’un moteur dans la rue mais rien ne vient.

Vers midi le patron de l’hôtel part déjeuner et nous indique que quelqu’un a appelé pour  dire que le transport arriverait entre 12H30 et 12H45. Vers 12H55, bruit de moteur, c’est lui. Un minibus Hyundai s’immobilise devant l’hôtel. Je demande « Mompox ? » et le chauffeur me fait un signe de la tête pour confirmer.

Sur la photo le Hyundai fait moderne et confortable et on se dit que cela doit être confortable pour transporter 6 personnes. Le problème c’est qu’il y a déjà 8 personnes à l’intérieur et qu’avec nous ça va faire 10. Ça craint ! Le chauffeur est sur le toit en train d’arrimer les bagages avec des cordes. Gaby, toujours calme 🙂 a peur qu’ils ne s’envolent. Qu’à cela ne tienne, il n’y a pas le choix et nous démarrons, serrés comme tout. Heureusement la clim fonctionne.

sans titre-212Après 10 minutes, dans une quelconque banlieue de Santa Marta, nous nous arrêtons une première fois. Je pense que c’est pour faire le plein. Mais non, nous embarquons deux passagers supplémentaires. On va être 12 dans le Hyundai ! Pendant 5 heures avec le soleil qui tape sur les vitres (il fait 35-40°C dehors).

Ça y est, c’est parti. Nous voila piquant vers le nord au milieu de bananeraies Chiquita sans fin, sur une route pleine de camions et de pick-ups où l’on doit pouvoir réaliser une moyenne de 40-45 km/h. Nous sommes 12 à bord, 4 rangées de 3 personnes, tous colombiens sauf nous. Je suis serré à droite du deuxième rang avec à ma gauche Madame Lavieille et Madame Lagrosse (il faut bien leur donner des noms) tandis que Gaby est assise dans la rangée du fond avec le chauffeur de rechange et autre colombien.

Il n’y a pas beaucoup de distraction à bord. On regarde le paysage mais c’est lassant. Les gens parlent peu et quand ils le font, je ne comprends pas grand chose à leur espagnol qui doit être plein d’expressions locales. De temps en temps un portable sonne et on a droit à une conversation à voix haute.

Les deux premières choses que fait un(e) colombien(ne) lamda quand il/elle récupère un nouveau portable c’est de régler le volume sur maximum et de remplacer la sonnerie standard par une bonne salsa ou une bonne cumbia. Il faut reconnaître que ça réchauffe l’ambiance qui n’en a poutant pas vraiment besoin.

Je ne peux absolument pas bouger, Mesdames Lavieille et Lagrosse non plus d’ailleurs, et ça me pose un vrai problème dans la mesure où je viens de m’apercevoir que j’étais victime d’une attaque tout à fait déterminée émanant d’une (ou de plusieurs) puce(s), attaque concentrée dans un premier temps sur ma cheville et sur ma jambe droite … puis sur ma cheville et ma jambe gauche. Ce soir, à l’hôtel, je compterai plus de 20 piqures sur chaque jambe. Les bestioles devaient attendre patiemment accrochées au tapis de sol du Hyundai car je ne peux imaginer une seconde que la brave Madame Lagrosse, avec son chapeau de laine marron par 40°C, en ait été le vecteur.

Les heures passent avec un seul arrêt pipi/rafraichissement. Pas vraiment le temps de s’occuper, que dis-je d’anihiler sauvagement le bataillon de puces.

La route goudronnée a fait place à une succession de pistes et de goudron à ornières et trous, parfois, pour changer, un peu de tôle ondulée. Le Hyundai se secoue, vibre, mais tient bon. Les bananeraies ont fait place à une sorte de savanne brulée par le soleil avec des vaches maigres, quelques chevaux de ci de là, et, dans les villages, quelques porcs en liberté.

18H. Cela fait maintenant 5H que nous roulons. Tout à coup Madame Lavieille s’agite dans tous les sens et fait savoir au chauffeur qu’on a sans doute dépassé sa destination. Palabres, hésitations, incertitudes. Finalement nous faisons demi-tour sur la piste et moins de 5 minutes plus tard Madame Lavieille crie que c’est là.

En effet, de l’autre côté de la piste, sa fille, une autre dame et son petit-fils attendent avec un âne. Nous nous garons sur le bas-côté et commence le déchargement des affaires de Madame Lavieille. Comme nous avions embarqué après elle, nous ne savions pas qu’elle avait tout un déménagement avec elle. Ceci explique la présence de l’âne.

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Pendant que le chauffeur défait les cordes, descend un vélo, puis nos valises, puis le déménagement de Madame Lavieille, remet nos valises, le vélo, puis resserre les cordes, Madame Lagrosse s’agite de tout son être en criant « cuidado a mi ventilador ! cuidado a mi ventilador ! » (attention à mon ventilateur!), le ventilateur en question étant vraisemblablement une des causes de son voyage à Santa Marta et représentant pour elle une valeur plus que symbolique.

sans titre-219Nous repartons. Madame Lavieille et sa famille nous font de grands signes d’adieu. La configuration du 2ème rang du Hyundai a changé : à gauche Madame Lagrosse et son chapeau de laine marron, à droite votre serviteur et au milieu … le fameux ventilador. Lui au moins je peux le pousser un peu pour bouger mes jambes et ça va tout de suite un peu mieux. Mais c’est trop tard pour les puces.

Le soleil est en train de se coucher sur la savane. En fait c’est magnifique mais je ne vais pas faire arrêter le Hyundai avec 11 personnes à bord pour faire des photos. Comme l’appareil photo est dans mon sac à dos, lui-même sur le toit, il faudrait remonter sur le toit, défaire les cordes, descendre …. vous m’avez compris. Et comme les vitres sont vraiment sales vous serez privés de coucher de soleil sur la savane.

Il fait nuit noire maintenant et ça va enfin devenir drôle. En effet on ne voit plus à l’avance les ornières ni les nids de poule sur la route sans parler des ralentisseurs qui sont installés partout dès qu’il ya 3 maisons sur le côté. Ça secoue bien, merci pour nos lombaires.

Mais qu’est ce que c’est donc que cette lumière qui s’agite en hauteur ? En s’approchant on s’aperçoit qu’il s’agit d’un lumignon accroché au bout d’une perche elle-même prolongée par un bras appartenant à un type à cheval. C’est un cow-boy ! C’est la conclusion à laquelle j’arrive quand je me rends compte que derrière le gars à cheval il y a un troupeau de vaches qui occupe toute la route. Pas un petit troupeau discret et mignon, non ! Nous nous frayons un chemin au milieu des bovins. Quand il n’y en a plus, il y en a encore. Je dirai qu’il y en a environ 200 (190 selon la police !). En un mot c’est interminable enfin pas tout à fait car ça finit par s’arrêter. Ouf ! 200 vaches brahmanes avec leurs bosses de zébus, c’est quand même impressionnant.

Quelques minutes après cet intermède bovin, nous apercevons enfin les lumières de la ville. D’ailleurs tout le monde commence à s’agiter dans le Hyundai. On prend un petit chemin de terre pour débarquer un monsieur. Grimpage sur le toit, dénouages des cordes … vous connaissez le système maintenant. Il fait une chaleur étouffante.

Nous arrivons en centre ville où tout le monde descend et on commence à descendre tous les bagages. Mais on nous fait remonter Gaby et moi. Pour nous déposer gentiment devant notre hôtel ? Mauvaise pioche. En fait nous apprenons que nous ne sommes pas à Mompox mais à Santa Ana, gros bourg sur la route. Il faut repartir. Mais auparavant, comme il n’y a pas de véritable service postal en Colombie, notre chauffeur va déposer un pli à un gars qui habite dans le coin, puis s’arrête chez lui 5 minutes (il habite sur place) pour embrasser sa femme et prendre son jeune fils qui fera la route avec nous et qui fera peut-être chauffeur plus tard, comme papa.

Il reste 1H1/2 à faire dans le noir. Nous traversons un bout du rio Magdalena sur un bac mais je vous épargne le reste. Nous arrivons à la Casa Amarilla, notre hôtel, à 20H30, fatigués, fourbus, et affamés car nous n’avons rien mangé depuis le petit déjeuner. On ne distingue plus la couleur de nos valises tant elles sont couvertes de poussière.

Le portier de nuit nous propose d’aller nous chercher une pizza. C’est comme une oasis dans le désert. Nous acceptons. Ça vous fera 25.000 pesos (environ 10€). Puis il nous demande la taille de la pizza. Hum, ça sent l’arnaque ! Mais nous payons. Il nous demande 2000 pesos en plus pour le livreur. L’arnaque se confirmera le lendemain quand nous apprendrons, après une rapide enquête, que le restaurant d’où provient la pizza se trouve … à moins de 50m de l’hôtel.

Plaie d’argent n’est pas mortelle, surtout vu le cours du peso. Nous dévorons la pizza et montons dans notre chambre commencer la tentative d’extermination des puces. Ecrasage, douchage, noyage. On va bien finir par y arriver. Et puis un dodo bien mérité.

Le lendemain matin, après le petit déjeuner, nous apprenons à nos dépens ce que les guides touristiques vous cachent soigneusement : Mompox est la ville la plus chaude de Colombie. Depuis que l’on fait des relevés, jamais la température n’a été en-dessous de 17,4°C et dans la journée il fait généralement entre 35 et 40°C, parfois plus, jamais moins de 30°C.

Et dire qu’avec une moitié de sang britannique je n’aime pas la chaleur. Il va falloir trouver des stratégies de défense : sortir tôt, marcher strictement à l’ombre, se doucher plusieurs fois par jour, chercher des endroits climatisés (très peu, mais vraiment très peu nombreux) ou à défaut venteux, faire de longues haltes à l’hôtel ou la clim fonctionne bien.

En fait c’est dommage parce que Mompox (on dit aussi Mompos ou Santa Cruz de Mompox), avec ses 30.000 habitants, est une bien joile ville, fondée en 1540 et au riche passé colonial, classée pour son architecture au Patrimoine Mondial de l’Humanité par l’Unesco. Mais c’est une ville endormie. En effet elle avait profité de son emplacement sur le rio Magdalena pour devenir un lieu de commerce important, un trait d’union entre les ports caraïbes, notamment Carthagène, avec le sud du pays.

Mais au 19ème siècle, le bras du rio qui borde la ville s’est partiellement ensablé et le traffic fluvial s’est reporté sur un autre bras. Et la vie s’est un peu arrêtée. Tout va lentement à Mompox, on se croirait dans le Macondo de Garcia Marquez bien que ce dernier se soit sans doute inspiré de son village natal d’Aracataca, à deux heures d’ici.

Il y a trois rues principales et parallèles à Mompox, celle qui longe le rio Magadalena appelée Alabarrada, la calle Real del Medio (rue du milieu), la plus importante et commerçante, et la calle de Atrás (la rue de derrière). Toutes sont bordées de vieilles maisons coloniales qui ne sont malheureusement pas toutes bien entretenues.

La population est polie, accueillante mais parfois semble un peu plus réservée que dans le reste du pays.

En fait la ville présente un réel attrait touristique mais elle se mérite et souffre de deux handicaps majeurs pour pouvoir se développer : la chaleur et la difficulté d’accès.

Mais comme j’ai beaucoup écrit aujourd’hui, je vais laisser la place à deux vidéos de Youtube et quelques photos prises par nous pour vous faire une petite idée.

Eglise Santa Barbara :sans titre-220 La rive du rio Magdalena :sans titre-221 Des vieilles maisons et de vieilles rues :sans titre-222 sans titre-223 sans titre-224 sans titre-225 sans titre-226 sans titre-227 Des collégiens avec qui nous avons papoté un peu. Ils ne suivent pas de cours d’anglais faute de prof.

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A bientôt à Carthagène !

Paradis caraïbe

La LibertadHumiliation !

Il n’y a pas d’autre mot ! Voilà ce qui m’est arrivé au décollage de l’avion d’Avianca qui doit nous mener de Bogotá à Santa Marta, 1H30 plus au nord :

Comme je l’ai expliqué dans un post précédent, je m’arrange toujours, à bord d’un avion, pour caser mes longues jambes dans un siège situé près des issues de sécurité, là où il y a plus de place.

Sur les lignes intérieures d’Avianca, l’anglais est banni, c’est comme ça. C’est pourtant la lingua franca du transport aérien mais ils en ont décidé ainsi. Il est vrai que des collégiens rencontrés ce matin même nous ont dit ne pas avoir de cours d’anglais au collège. Il y a donc un déficit linguistique majeur dans ce pays.

Toujours est-il que pour briguer un de ces sièges tant convoités, il faut être capable, en cas d’urgence, de prendre en compte les consignes du personnel de bord exprimées, comme on vient de le voir, exclusivement en espagnol.

Et ne voilà-t-il pas qu’un petit steward colombien se met en tête de me faire passer un rapide oral d’espagnol pour vérifier mes connaissances. Tous les professeurs vous le diront, quand on veut piéger quelqu’un c’est facile, alors il me piège et me voilà contraint d’échanger MON siège avec celui d’un type qui mesure 1,65m maximum et qui n’a rien compris au film.

Bien sûr, le steward a raison, mais il n’empêche, c’est un blogueur HU … MI … LIÉ qui va continuer ce post et je pense en ce moment à Chelo, ma prof d’espagnol, qui doit rigoler tant qu’elle peut si elle lit ces lignes.

Bon, calmons-nous et passons à autre chose.

Nous atterrissons donc à Santa Marta et nous comprenons en moins de temps qu’il ne faut pour le dire que nous sommes entrés dans un autre monde : il fait 35°C à l’ombre. Bienvenue sur la côte caraïbe.

Itinéraires

Ce qui est impressionnant dans ce coin du monde, c’est la présence à 42km de la côte du point le plus élevé de Colombie, le mont Cristobal Colón qui culmine à 5775m. Ce pic dépend de la Sierra Nevada de Santa Marta, plus haut massif côtier du monde.

Nous voilà en route pour la Finca Barlovento où nous allons passer deux nuits et recharger un peu nos batteries car nous nous en rendons compte après un mois de voyage, changer d’endroit tous les deux jours en moyenne devient vite fatigant et nous n’avons hélas plus 20 ans.

Ce qui fait l’originalité de cette finca, c’est son site : elle est construite sur un piton rocheux situé juste à l’endroit où le rio Piedras se jete dans la mer des Caraïbes.

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On a donc d’un côté une rivière et de l’autre la mer, les deux étant séparés par un banc de sable qui retient les eaux de rivière qui devient très large à cet endroit et qui s’écoule vers la mer par un étroit goulot.

Au point de convergence de ces deux systèmes il existe un amoncellement de rochers sur lequel une riche famille a édifiée cette finca il y a 40 ans environ pour en faire une résidence secondaire. Ultérieurement la finca est devenue un hôtel avec 4 chambres.

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L’endroit n’a rien de luxueux :  nous profitons de la seule chambre avec salle de bain privative. Mais les chambres disposent de larges fenêtres sans vitre donnant sur la mer. Le téléphone ne passe pas et il n’y a pas d’internet mais au contraire une vaste terrasse avec des transats où on peut rester des heures à lire ou à discuter.

sans titre-204Les repas sont pris en commun ce qui nous permet de faire la connaissance d’un jeune couple d’une tentaine d’années originaire de Cincinnati : Gabriel est médecin neurologue et est né de parents argentins, Ashley est travailleuse sociale et est née d’un père américain et d’une mère venant de Bangalore, en Inde du sud. Comme nous ils aiment voyager et y consacrent toutes leurs vacances et toutes leurs économies. Nous parlons longtemps ensemble, échangeons, comparons, expliquons et rien ne presse. C’est vraiment très agréable.

Le soleil se couche sur la rivière : le spectacle est sublime. Le calme de l’endroit est seulement troublé par des poissons (ou des grenouilles ?) sautant de la rivière pour attraper des insectes.

sans titre-202Après une nuit sous la moustiquaire, bercés par le bruit des vagues (très bruyantes tout de même) et après un copieux petit-déjeuner, il est temps d’explorer un peu les lieux.

C’est le paradis des oiseaux : les pélicans volent en escadrille au ras des vagues. De temps à autre l’un d’eux plonge attraper un poisson. D’autres oiseaux sont plus calmes et donc plus susceptibles d’être pris en photo :sans titre-211sans titre-203Nous allons sur la plage à droite de l’hôtel, là où il y a des blocs de rochers aux formes diverses. Voici une devinette : chien ou canard ?

sans titre-207Puis nous décidons d’aller sur la plage de gauche, c’est à dire le banc de sable qui sépare  la rivière de la mer. Un panneau nous incite à la prudence : la rivière est peuplée de caïmans. Normalement inoffensifs, leur comportement a changé depuis deux ans par suite d’une sècheresse locale qui a diminué leurs sources de nourriture. Nous serons donc prudents.

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Pour accéder au banc de sable, il faut traverser le petit goulot par lequel la rivière s’écoule dans la mer. Ça n’a pas l’air profond comme ça, alors je me lance : je m’enfonce et je sens que le courant arrache ma sandale. Je parviens de l’autre côté en luttant contre lui. Résultat des courses : une sandale  complètement déchirée et irréparable et un passeport trempé ! Heureusement que je tenais l’appareil photo en l’air. Il faudra faire attention au retour.

L’après-midi est consacré au farniente. J’adore ce mot : ne rien faire. Ça a l’air facile comme ça mais c’est en fait un art oublié dans nos pays où les sollicitations sont incessantes. Alors autant s’y remettre au plus vite. Les heures s’égrennent lentement, lentement. Le jour tombe tout aussi lentement. Puis la lune apparaît, lentement elle aussi. Elle est pleine et orangée et se cache lentement derrière un nuage.

Vient l’heure du diner. Ce soir nous sommes 8 à table. Un couple de belges (lui est architecte), un couple d’américains de Brooklyn, lui réalisateur de programmes documentaires et elle productrice desdits programmes, et enfin deux jeunes américaines de New-York dont une, avocate, est assez insupportable. On papote en anglais, même avec les belges francophones. Il faudrait inviter le steward d’Avianca (quel mauvais esprit, ce blogueur !)

Coïncidence, le réalisateur de documentaires a travaillé l’an dernier pour Arte, où travaille notre fille Cécile, sans savoir que c’était une chaine franco-allemande.

Bon, tout ce petit monde a envie d’aller se coucher, alors nous suivons le mouvement. Ça tombe bien, on vient nous chercher à 7H30 demain matin pour aller à Mompox.

Et vous verrez dans le prochain post que dans la perspective de cette épopée une bonne nuit de sommeil n’est pas du luxe.

Popayan la blanche

El nuevo liberal

Notre prochaine étape, Popayan, est sitée de l’autre côté de la cordillère centrale, dans le département du Cauca qui tire son nom du fleuve qui le traverse en provenance des montagnes du sud de la Colombie pour aller grossir le rio Magdalena dans les basses plaines du nord.

Nous devons donc franchir la cordillère dans le Parque Nacional de Puracé, nom d’un volcan toujours en activité. Ricaute est toujours au volant du Chevrolet 4×4. La route est mauvaise, très mauvaise même. En fait une bonne partie du parcours n’est pas goudronnée et il y des trous et des ornières à tout moment. Le temps est comme la route, mauvais, et nous passons pas mal de temps soit dans le brouillard, soit dans les nuages.

C’est le désert, aucun village, mais pas mal de camions, de bus et de volquetas (camions benne). Ça me rappelle le film « Le salaire de la peur » sauf qu’heureusement nous ne transportons pas un chargement de nitroglycérine 🙂

Ah, un café, pause pipi, pause café. Il y a là un chien chaudement habillé pour affronter les 4-5°C que nous allons rencontrer au point le plus élevé du parcours soit 3200m.

sans titre-201Puis c’est la descente, le goudron revient, le soleil aussi, progressivement. A l’entrée de la ville nous passons devant deux « love motels » le motel Amoriento et le motel Claro de Luna ou apparemment il n’est pas nécessaire de rester tout une nuit, le séjour pouvant se limiter à une heure et même moins pour les rapides. Les colombiens semblent être de ce point de vue aussi cool que les brésiliens.

Si le sujet vous intéresse, jetez donc un coup d’oeil au site du Motel Cupido à Medellin et rassurez-vous, Pablo Escobar est mort et enterré depuis longtemps et on peut aller y faire sa petite affaire en toute tranquillité 🙂

Vous avez cliqué ? Je vais de ce pas aller à la page d’administrateur de ce blog pour voir qui vous êtes … et mon silence peut se négocier 🙂

Popayan (400.000 habitants) est appelé par les colombiens la ville blanche. C’est mérité. Sans avoir vraiment compté, je dirais qu’il y a environ 80 cuadras (patés de maisons) dont les constructions sont entièrement blanches. En plus, il y a partout des échafaudages supportant des peintres munis de pots de peinture … blanche.

Cela change du reste du pays qui est beaucoup plus varié même si le blanc est la couleur dominante. Ici, cela donne une certaine classe à la ville et permet de dissimuler un peu la pauvreté qui  est pourtant bien présente.

Notre hôtel est situé à une cuadra et demi de la place principale de la ville, c’est pratique. Cette place est véritablement superbe avec d’un côté la Catedral Nuestra Señora de La Asunción, de l’autre l’Hôtel de Ville, et aussi 3 ou 4 sièges de grandes banques où l’on fait la queue jusque sur le trottoir pour se faire servir. La banque en ligne n’a pas encore vraiment percé ici !

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Le Parque Caldas, c’est le nom de cette place, est l’endroit névralgique de la ville, le lieu de toutes les rencontres, celui où l’on vient voir et se faire voir dès qu’on a un petit moment. Il y a là beaucoup d’étudiants parce que nous sommes à deux pas de l’université.

sans titre-196Le soir, on vient déambuler, un peu comme pour le paseo en Espagne. Il y a beaucoup de marchands ambulants, de musiciens de rue, des amoureux, des petites-filles qui promènent leur grand-père, ou inversement, bref la vie.

sans titre-194Mais nous sommes proches de l’équateur et la nuit tombe à 18H. Et, très rapidement, la place se vide. En fait dans ce pays, les gens suivent le rythme du soleil, se lèvent à 6H et sont rentrés chez eux vers 19H sauf bien entendu le vendredi ou le samedi soir où la musique s’empare des rues jusque tard dans la nuit.

sans titre-195Le lendemain, nous bullons. Promenade dans les rues de la ville. Nous explorons, regardons les boutiques. Tout cela nous rappelle un peu la France des années 60 ou 70, les téléphones portables en plus. Même en ville, il y a relativement peu de voitures particulières mais beaucoup, vraiment beaucoup de motos et de taxis.

Etant passé directement du vélo à la 2CV je n’y connais absolument rien en motos mais celles que l’on voit ici sont relativement peu puissantes, sont parfois pilotées par des femmes ou des jeunes filles et, renseignements pris, coûtent entre $800 et $1000.
sans titre-197Nous décidons de faire une petite enquête, sans portée scientifique, sur le respect du code de la route en Colombie. Pour cela nous nous asseyons dans un parc d’où nous avons une vue parfaitement dégagée sur un croisement doté d’un feu tricolore, chose rare ici.

Je peux affirmer, sans aucune crainte d’être démenti, que 60% des conducteurs grillent le feu rouge allègrement et sans état d’âme, 10% le respectent et les 30% qui restent sont coincés derrière les 10% qui se sont arrêtés 🙂

Le plus intéressant dans cette étude exprès est que le carrefour est situé à une trentaine de mètres d’un … poste de police devant lequel patientent en permanence 4 ou 5 policiers.

Cela me rappelle une bonne blague qu’on m’avait raconté un jour : à Paris les feux rouges sont impératifs, à Rome ils sont facultatifs tandis qu’au Caire ils sont … décoratifs !
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L’heure est venue de quitter les terres andines pour aller nous frotter un peu aux régions caraïbes. Il ya du changement en perpective lorsque nous quittons le tout petit et tout mignon aéroport de Popayan, destination Santa Marta avec escale, comme d’hab, à Bogotá.

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Ce sera notre dernier voyage avec Avianca. Snif.

San Agustin

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Après nos aventures dans le désert de Tatacoa, nous avons repris la route avec Ricaute, notre chauffeur, un tout petit bonhomme toujours en train de rigoler, extrêmement serviable et, qui plus est, extrêmement prudent au volant.

Heureusement parce qu’il est au volant du 4×4 le plus cher du coin, un Chevrolet qui coûte neuve $65.000 ce qui est considérable ici. Comme ce véhicule appartient à une société de Bogotá, il s’en sent responsable et le bichonne avec amour.

Notre destination est San Agustin, plus au sud, et haut lieu de l’archéologie colombienne. La route est longue et encombrée de camions et nous arrêtons juste le temps nécessaire pour boire un jus de fruit, nous détendre les jambes et déjeuner.

Nous arrivons à l’hôtel Yuma qui, à défaut d’être luxueux, est plus confortable que la posada du désert et offre, contre toute attente, une connexion internet dans les parties communes. Tant mieux parce que nous allons passer trois nuits là, un de nos séjours les plus longs au même endroit.

Le lendemain, nous commençons à exécuter le programme qui nous a été préparé et qui doit ressembler comme deux gouttes d’eau à celui qui est proposé à tous les visiteurs de la région, à savoir la visite des ruines archéologiques.

Pour nous aider dans cette découverte, nous disposons d’un guide, Ramiro, qui parle plutôt bien l’anglais mais avec un tel accent que nous mettrons pas mal de temps à nous y habituer. Sur cette photo, nous sommes en présence de Ramiro, à gauche, et de Ricaute, le plus petit.

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Les ruines comportent essentiellement des tombeaux ayant la forme de nos dolmens et qui hébergent de nombreuses statues de pierre, certaines étant anthropomorphiques, d’autres représentant des animaux, les dernières étant mixtes.

Ces statues devaient à l’origine être colorées car on distingue par endroits des traces de pigments qui subsistent.

La plupart de ces statues on été édifiées pendant les 800 premières années de notre ère par un peuple dont on ne sait pas grand chose si ce n’est qu’il n’occupait plus les lieux depuis assez longtemps à l’arrivée des espagnols. Les causes de sa disparition ne sont pas claires mais l’hypothèse la plus coramment admise est celle d’un changement climatique qui aurait poussé les habitants à chercher refuge dans des régions plus propices à l’agriculture.

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En fait le site n’a commencé à être exploré sérieusement qu’au siècle dernier bien que des pilleurs de tombes aient fait des dégâts auparavant. Il reste sans doute énormément de vestiges à exhumer mais le gouvernement colombien souhaite garder la maîtrise des opérations et ne dispose pas des budgets nécessaires pour poursuivre les fouilles dans l’immédiat.

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Dans la mesure où le peuple qui a vécu ici n’a laissé pratiquement aucune autre vestige, on sait très peu de choses de lui ce qui est assez frustrant. Imaginez des archélogues qui, dans un millier d’années, essaieraient de se faire une idée de notre civilisation uniquement à partir des vestiges de nos cimetières.

Le site étant classé par l’Unesco au Patrimoine Mondial de l’Humanité, on cherche à montrer au touriste la moindre pierre, la moindre statue et, à vrai dire, cela devient assez vite assez répétitif si on est pas un fondu d’archéologie.

Nous demandons donc qu’on modifie le programme pour peut-être voir des gens ou des sites naturels. Demande agréée. Nous irons visiter les gorges du Rio Magdalena et demain nous irons faire un tour au marché de San José d’Isnos, à quelques kilomètres d’ici.

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Le Rio Magdalena est le fleuve le plus long de Colombie avec ses 1500 km. Il coule du sud au nord, prenant sa source dans le Massif Colombien, espèce de conglomérat montagneux au sud du pays, pour aller se jeter dans la mer des Caraïbes, après avoir traversé de vastes plaines marécageuses.

En attendant, près de San Agustin, il traverse des gorges très étroites dans la mesure où le fleuve, qui est déjà assez important, est contraint de se faufiler entre des murs de roches larges de seulement 2m.

Le lendemain, sur la route de San José d’Isnos, nous retrouvons les paysages de montagne de Colombie avec, ce jour là beaucoup de nuages. Il est vrai qu’il a plu toute la nuit et qu’il y a beaucoup d’humidité dans l’air.

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Nous avons également l’occasiion d’apprécier la flore locale comme par exemple ce magnifique cachingo, arbre aux fleurs orange qui ne pousse qu’ici.

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Ou encore des orchidées,

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Ou d’autres fleurs dont je ne connais pas le nom, ou plutôt dont je l’ai oublié.sans titre-185 sans titre-181

La route est toujours pleine de surprises et bien que je n’ai pas de photo, on rencontre encore beaucoup de gens qui se déplacent à cheval. Quant aux animaux n’en parlons pas : à ce jour, nous avons vu en liberté au bord, quand ce n’est pas sur la route des vaches, des chevaux, des porcs, des ânes et quelques moutons, les seules étant privées de liberté étant les chèvres également présentes au bord de la route mais attachées.

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C’est jour de marché à San José d’Isnos. Comme je l’ai écrit dans mon post avec galeries de portaits, le marché est l’occasion de nouer ou de renforcer des realations sociales entre des gens qui vivent souvent dans des endroits assez reculés.

Ce qui frappe ici, c’est la bonne humeur généralisée : les gens rient, sourient, s’interpellent. Des sociologues ont récemment essayé de déterminer quels étaient les pays dont les habitants étaient les plus heureux. Sans surprise, certains pays développés bénéficiant d’une grande redistribution des richesses (pays scandinaves) ou de fortes perspectives de développement (Australie, Nouvelle Zélande) arrivent en tête, mais le trio Colombie, Panama, Costa Rica arrive juste derrière bien que le niveau de développement y soit bien inférieur. Explication avancée : des relations sociales très denses et un fort niveau de solidarité entre les gens.

Non, contrairement aux apparences, ce ne sont pas des bananes comme celles que nous mangeons chez nous mais des bananes plantain, moins sucrées que les bananes déssert et qui sont utilisées cuites, comme légume. Elles servent en Colombie à la confection des « patacones« , sortes de beignets que l’on trouve absolument partout et qui accompagnent, avec le riz, viandes et poissons. Personnellement, je les trouve parfaittement insipides ainsi que les arepas qui sont un peu la même chose mais à base de maïs. Heureusement, la cuisine colombienne ne se résume pas à cela et, de manière générale, on mange plutôt bien dans le pays bien que de façon moins variée que chez nous.

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Une photo qui donne une idée de la joyeuse pagaïe qui règne ici :sans titre-193

En tout cas on s’amuse bien au marché de San José et nous y faisons figure de curiosité avec nos tailles et nos vêtements étrangers. Les gens veulent nous parler, échanger. Nous avons déjà notre réputation. Même les membres du Cuerpo Tėcnico de Investigación, équivalent local du FBI, veulent poser avec nous ! Imaginez ça avec le vrai FBI.

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On voit également des chivas, ces petits autobus où ont été installés des bancs de bois, aux fenêtres remplacées par des portes, avec une galerie sur le toit pour transporter tout et n’importe quoi et peints de couleurs vives. On nous explique d’ailleurs qu’ici, dans le département de Huila, les chivas ne sont pas aussi colorés que dans le département voisin de Cauca. Mais ils sont tout aussi pleins de gens se rendant dans les coins les plus reculés.sans titre-192De retour à notre hôtel, sur le coup de 15H locale, Gaby se souvient que c’est aujourd’hui l’anniversaire de son frère Christian et nous essayons de la contacter sur Skype avec notre  smartphone. Nous tombons sur notre fille Cécile qui est en train de fêter l’anniversaire avec la famille et commençons à raconter nos petites histoires.

Nous sommes sur la terrasse de l’hôtel et le patron nous voit. Il s’approche pour voir ce qui se passe et commence à parler avec les allemands. Il fait la promo de la Colombie et de son hôtel. Quand il apprend que Cécile est jeune journaliste, il l’invite à rester à l’hôtel, tous frais payés, autant qu’elle le désire, pour faire un reportage sur les lieux !

Pendant ce temps, à 20 m de nous, se déroule une fête de mariage. Deux petites filles parmi les invités n’ont rien perdu de la scène et veulent également s’essayer sur Skype. C’est drôle de les voir discuter avec des allemands à l’autre bout du monde. On ne se comprend que partiellement mais tout le monde s’amuse.

sans titre-189Puis c’est le tour du marié, un jeune militaire de Bogotá, un blond à la peau bien blanche qui tranche avec les métis du coin. Lui aussi parle dans Skype. ¡ Feliz cumpleaños ! (Bon anniversaire !). Puis il s’eclipse et va nous chercher du « champagne », en fait un liquide à bulles, alcoolisé et très sucré. Le geste nous surprend plus qu’agréablement.

A ce moment, ses copains militaires viennent le chercher, le portent à bout de bras quelques mètres et le balancent sans délicatesse dans la piscine de l’hôtel. Le patron crie en espagnol « pas avec les bottes, pas avec les bottes ! Heureusement le marié ne porte pas d’éperons 🙂

C’est le moment que choisit un monsieur (père du marié, de la mariée ? Mystère) pour nous apporter des assiettes avec un morceau du plat principal du repas de noces. C’est du porc qui a été roti en broche, lentement et longtemps, au feu de bois, accompagné de riz et de légumes, un peu comme du riz cantonnais. C’est délicieux. Les membres de la famille nous font de grands signes et de grands sourires. Nous sommes dans la fête.

A l’autre bout du skype, les allemands n’en croient pas leurs yeux ! Ce n’est pas chez eux que cela pourrait arriver, et pas plus en France. D’ailleurs on nous amène le déssert, un gâteau au chocolat très réussi, encore une cachotterie colombienne. Quel sens de l’hospitalité et de la fête !

Nous sommes tellement surpris par cette expérience inattendue que nous en oublions de filmer ces moments et de faire des photos. Qu’importe, je crois qu’ils resteront dans nos mémoires …